dimanche 27 mai 2012

Ainsi va la route... jusqu'en Amazonie

C’est donc le cœur léger que nous entamons notre retour sur le sol Bolivien, tout content de retrouver et de découvrir encore un peu plus ce pays tant apprécié lors de notre premier mois dans l’Altiplano.

C’était sans compter sur notre premier « bloquéo ».
La Paz est en effet paralysée par une manifestation des chauffeurs de bus et taxis bien décidés à bloquer tous les accès à la ville ainsi que ses mille carrefours durant 48 heures. Il faut savoir qu’en Bolivie, les
« bloquéos » sont monnaie courante et que c’est le principal moyen de manifester son mécontentement. Comme on dit ici : « bébé qui pleure reçoit du lait ». Cela dure en général entre 48h et 72h mais souvent, ils s'enchaînent les uns après les autres. Nous voilà donc en fin d’après-midi, sur le bas-côté d’une route en terre, à devoir attendre à l’entrée de la capitale…

Heureusement, nous repérons bien vite le mobilhome français du Club des Six, famille en voyage déjà rencontrée il y a plusieurs mois en Patagonie Argentine et retrouvée ensuite a Cusco. Nous trouvons refuge dans leur « salon » et entamons la parlotte pendant que les enfants jouent. Après quelques temps, nous décidons d’aller voir ce qui se passe « au front » et si la nuit s’annonce encore longue… Les manifestants bloquent un pont. Ceux de notre côté du pont, nous prenant en pitié avec les enfants, décident de nous laisser passer et forment une haie d’honneur…


C’était sans compter sur les manifestants postés de l’autre côté du pont qui ne sont pas de cet avis… Quelques pierres sont lancées vers nos véhicules. Une dispute commence entre eux. On recule vite fait en disant qu’il n’y a pas de problème, qu’on va attendre. On fait passer l’attente en improvisant un souper avec ce qu’on a et plus tard dans la soirée, on vient enfin nous prévenir que le bloquéo est levé. On traverse alors une ville dont les carrefours sont jonchés de pneus incendiés et de restes de barricades. On rejoindra le camping de l’hôtel Oberland tard dans la nuit, bien décidés à ne pas bouger le lendemain pour laisser les enfants jouer ensemble et surtout se reposer !

C’était sans compter sur une nouvelle annonce de « bloquéo » pour le lendemain et ce pour 72h !!!
Ayant retrouvé au camping les Aller Cinq, autre famille française rencontrée à Ushuaïa, on se concerte, et rapidement, on décide tous de replier bagage en début d’après-midi. Pas envie de rester bloqués trois jours de plus à La Paz qu’on a déjà longuement visitée la fois passée !
Comme nos routes se séparent, on se quitte en espérant bien se retrouver tous à Buenos Aires avant de retourner en Europe.



 
De notre côté, c’est le début d’une longue, éprouvante et horrifiante route qui nous mènera jusque dans la jungle amazonienne, mais ça, on ne le sait pas encore !
Pour l’heure nous longeons la tristement célèbre « route de la mort » aujourd’hui fermée et remplacée par une nouvelle route plus large. Le lendemain, après une halte de nuit à Coroico, nous repartons plein d’entrain.

C’était sans compter un nouveau barrage dressé quelques kilomètres plus loin ! Ils font des travaux sur la route et celle-ci est fermée entre 8h et 18h, et ce, pendant 1 an au moins !!!…Evidemment, tout ça sans aucune information au préalable. Et c’est précisément aujourd’hui que ce plan est mis en vigueur. On n’a rien d’autre à faire qu’à attendre, une fois de plus. Il est 10h, on va passer toute la journée sur le bitume. Et qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? On sort les cahiers d’école.



A 18h, le barrage s’ouvre mais entre-temps une file de deux kilomètres de camions, bus et taxis très pressés s’est formée derrière nous. Et il en est de même à l’autre bout de la route, 60 kilomètres plus loin. La nuit tombe et tout ce petit monde s’engage à pleine vitesse sur ce qui va s’avérer être la deuxième route de la mort... (mais ça aussi, on ne le savait pas, évidemment!).

Bien vite, nous sommes obligés de serrer à gauche -le long du précipice- et de nous ranger sur le côté pour laisser passer les camions des ouvriers qui quittent le chantier. Mais le problème est qu’il n’y a pas de côté... Juste un ravin gigantesque… Alors on commence à avoir peur. Quand vient le moment de la rencontre avec la file d’en face, il est déjà environ 22h. Et c’est là que ça se complique. Les « trancas », entendez « embouteillages », nous forcent à attendre pendant parfois une heure au bord de ces ravins que toute une file passe pour, après, pouvoir s’engager à notre tour et ce jusqu’au prochain « tranca »…



On fera 60 km en sept heures et ce sera la pire nuit de notre voyage… jusqu’à présent.
La nuit a au moins cela d’avantageux qu’elle nous évite de voir les carcasses des véhicules tombés en contrebas de la route. Comme d’habitude, Julien maîtrisera son véhicule et son self-control nous permettra d’arriver à la ville suivante, vers une heure du matin, pour une courte nuit sous nos tentes dans le parking d’un hôtel.

Voici un petit extrait du film de cette nuit épouvantable dont vous n’aurez pas les images mais seulement les commentaires :
  • On entend Gwen qui crie : " Ju, Ju, Ju ! Braque ! Braque ! "
  • Gwen qui se cramponne à sa ceinture : " Mais attention, attention ! Serre à droite ! Mais, mais, il, il essaye de te dépasser, lui, le fou !"
  • Gwen : " Ju ?"
  • Julien : " oui ?"
  • Gwen au bord de l'hystérie : " Mais qu’est-ce qu’il fout ? "
  • Julien qui murmure : "Je ne sais pas Gwen mais ce que tu fais ne m’aide pas beaucoup en tout cas"

Le lendemain, nous sommes obligés de « traîner » dans la ville de Caranavi en attendant à nouveau six heures du soir pour reprendre notre route de nuit. Le premier tronçon se fera dans les mêmes conditions que la veille, avec la pluie et la boue en prime. Puis petit à petit la route se fera plus large en arrivant en bas des Yungas. Arrêt à deux heures du matin pour dormir à côté d'un poste militaire de contrôle anti-narcotique. Nous avons atteint notre objectif : sortir de la zone en chantier pour pouvoir enfin circuler librement, de jour.


Nous découvrons alors une piste toute plate qui nous mène jusqu’à Rurrenabaque, à la lisière du bassin Amazonien.




Une pause plus que méritée au superbe camping de l’hôtel Mirador, le temps d’organiser nos prochains périples dans la pampa et dans la jungle, uniquement accessibles via des agences et des guides.
Et nous voilà repartis pour trois jours dans la pampa. Une pirogue va nous amener au lodge sur pilotis dans lequel nous logerons.

 



 


Les jours suivants seront principalement consacrés à la navigation sur la rivière Yacuma et à l’observation des différents animaux qui nous entourent : multiples espèces de singes et d’oiseaux, dauphins roses d’eau douce, anaconda caché dans les roseaux à côté des caïmans , des alligators et des piranhas,…


 


Un tout autre environnement pour nous après plusieurs mois dans l’Altiplano ou sur la côte Pacifique. Un autre climat aussi : nous sommes passés en très peu de temps à des températures tropicales, chaudes et humides avec leur lot de moustiques qui les accompagnent. A ce jour, la pauvre Jeanne bat haut la main le concours du plus grand nombre de piqures en affichant 38 boutons rien que sur ses jambes.



A peine revenus au camping, nous voilà déjà repartis à bord d’une pirogue en direction de la jungle. Trois heures plus tard,  nous arrivons au campement situé dans le superbe parc Madidi.

 

Durant les trois prochains jours, nous nous enfoncerons dans la boue et la végétation luxuriante, sur des sentiers étroits, suivant notre guide et sa machette. Ce-dernier ne manquera pas une occasion de nous apprendre les vertus des plantes médicinales et de nous faire voir et entendre les animaux qui se cachent dans cet inextricable fouillis végétal.







Ce sera aussi l’occasion pour Jeanne de souffler ses sept bougies dans une atmosphère toute particulière.





Ce fut assurément notre période la plus dure physiquement et nerveusement (mais pas moralement).
Mais passer à côté de cette rencontre incroyable avec l’Amazonie aurait été une grande perte dans notre voyage en Amérique du Sud.







Il ne nous reste plus qu’à nous sortir de ce bassin amazonien plein à ras bord suite à une saison des pluies qui n’en finit pas. Mais ça, c’est une autre histoire…











Le plus des P23

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Ah, ah, j'ai les larmes aux yeux... de rire et d'émotion! Le dialogue "Ju/Gwen", que j'ai aimé!
Et cette petite photo avec les souliers pour terminer, c'est juste trop chou.
Bon anniversaire à la grande Jeanne!
Biz, Caroline

Lili a dit…

Il est 3h du mat , j' arrive pas a dormir , je lis vos aventures , vous avez du courage , j'aurais pas voulue etre sur cette route de nuit !!!!!!
Mais quel belles photos , les papillons sont magnifiques , je me regale de votre voyage !!!!! Bises a vous 5 Lili

Stellio.be a dit…

Ouf.... quelle aventure ce rally bolivien ! Mais vu les superbes photos il semble que ça valiez bien la peine. Bonne anniversaire à Jeanne et bisous à tout le monde. Buena sorte !
Leila, Alba, Diego, Anne & Claudio

Anonyme a dit…

Sur la route de Buenos-Aires ... (s) michel.pierart@gmail.com